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mardi 31 janvier 2017

Les cols blancs : taches de lumière sur les portraits de Fantin-Latour par My Dear Claude et Anne Berthelot


(cliquez sur les visuels pour les découvrir dans leur ensemble)

Henri Fantin-Latour : Hommage à Delacroix (détail)Le 19e siècle est communément appelé le “siècle de la bourgeoisie”. C’est alors la classe sociale dominante. Elle s’enrichit grâce à la révolution industrielle, construit des fortunes et éclipse la noblesse, bien souvent ruinée. Et elle veut se distinguer de cette noblesse oisive d’ancien Régime qu’elle juge frivole et désinvolte. 

Le vêtement subit alors progressivement un changement : on voit peu à peu disparaître les tissus chatoyants et précieux, -héritage de l’Ancien Régime- qui laissent place au drap; les teintes sombres et unies relayent les couleurs vives et bariolées. C’est le triomphe du noir, de la raideur, de l’austérité et de l’ascétisme de la tenue masculine. Le vêtement masculin civil se singularise par une sobriété et un dépouillement qui symbolisent un nouvel ordre économique et politique, c’est l’expression vestimentaire d’une nouvelle légitimité sociale.*

Henri Fantin-Latour : Un coin de table (détail)Bien sûr, cette mode s’étend à tous, et les artistes, critiques d’art et intellectuels représentés par Henri Fantin-Latour dans ses tableaux -l’atelier aux Batignolles (1870), le Coin de table (1872) ou l’Hommage à Delacroix (1864) entre autres- sont eux-mêmes habillés de noir.

Henri Fantin-Latour : La famille Dubourg (détail)A la même période, une autre révolution transforme la société bourgeoise : l’hygiène. "La propreté est un produit économique et culturel réservé à une élite car elle constitue un indice de classe : chacun sait que la bourgeoisie se salit moins par rapport à la classe ouvrière ou au monde paysan. Avoir du linge, porter des plastrons, des cols, des cravates ou des manchettes au blanc immaculé sont les marques d’un train de vie luxueux.*

Sur ces habits noirs, donc, la seule tache de lumière est alors le col blanc, souvent raide, graphique, assorti le plus souvent d’une cravate noire en journée.

Pour ce qui est des femmes peintes par Henri Fantin-Latour, elles sont discrètes, récusent la mode qui transforme la femme de cette époque en bel oiseau inaccessible, faire-valoir de l'homme, et transcrivent une forme de pudeur, presque de pudibonderie qui se développe au 19e siècle et que la société exige aussi de la femme de la bourgeoisie, cette femme qui ne doit être qu’épouse et mère.

Col de porcelaine Anne Berthelot pour La Galerie de la Marraine, exposition Après Fantin-Latour La céramiste Anne Berthelot a interprété ce col blanc en porcelaine, lui donnant une forme plus large, et en lui imprimant parfois ces motifs de dentelle que l’on retrouve sur les bords discrets de quelques uns de ces cols, féminins cette fois.

Col Claudine amovible My Dear Claude pour La Galerie de la Marraine, exposition Après Fantin-LatourQuand à la fondatrice de l’atelier My Dear Claude, elle s’est penchée sur une version tissu intemporelle, que le siècle suivant baptisa « col Claudine » en référence au roman de Colette, mais que l’on retrouve entre autres, sagement porté par Nathalie et Marie, les deux sœurs de Henri Fantin-Latour dans son tableau Les Brodeuses (1850).

Henri Fantin-Latour : Les deux soeurs ou les brodeuses (1850)

De haut en bas : détails des tableaux de Henri Fantin-Latour (Musée d'Orsay) l’Hommage à Delacroix (1864), le Coin de table (1872), La famille Dubourg (1878). Col de porcelaine Anne Berthelot, Col de tissu : My Dear Claude, Les deux soeurs ou les brodeuses (1850).

* source : Le code vestimentaire de la bourgeoisie au temps de Flaubert et de Maupassant

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Vous pouvez bien sûr retrouver ces pièces dans l’exposition en ligne "Après Fantin-Latour", qui présente des œuvres d'art, des pièces d'artisans-créateurs et de petites entreprises inspirés par l'univers du peintre.

mercredi 12 octobre 2016

Les roses blanches de Fantin-Latour, Les Créations Messagères et Pascale Morin

Les Créations Messagères : Bouquet de Rosa Plasticae "Henri Fantin-Latour", Henri Fantin-Latour : "Roses in a Vase", 1872 et Flowers, White Roses, 1871, détail - Exposition de produits dérivés inspirés par l'univers du peintre Henri Fantin-Latour, Galerie de la Marraine
Les Créations Messagères : Rosa plasticae - Fantin-Latour : "Roses in a Vase" et "Flowers, White Roses"
Henri Fantin-Latour : Roses, 1871 détail – Pascale Morin/By Rita : Fleur épanouie - Exposition de produits dérivés inspirés par l'univers du peintre Henri Fantin-Latour, Galerie de la Marraine
Henri Fantin-Latour : "Roses", 1871 détail 
Pascale Morin - By Rita : Fleur épanouie

"Ses fleurs sont autant de merveilles de goût, d’art, (...). Elles intéressent autant qu’elles charment, et même on peut dire qu’elles touchent. Ce sont des rythmes de ton, des fraîcheurs, des abandons, des vivacités surprenantes. Leur beauté subjugue. (...) Fantin semble être le poète plastique des fleurs - les douces expressions étant la nature même de son art." 
(Zacharie Astruc dans sa critique du Salon de 1863)

Le plasticien William Amor - Les Créations Messagères et la céramiste Pascale Morin - By Rita présentent dans l’exposition "Après Fantin-Latour", de La Galerie de la Marraine, chacun leur version des roses de Fantin-Latour. Roses blanches de fines feuilles de plastique recyclé transfigurés en pétales évanescents ou encore de délicate porcelaine si fine qu'on a du mal à croire à ce matériau, toutes s’apparentent aux fleurs du peintre.



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Vous pouvez bien sûr retrouver ces pièces dans l’exposition en ligne "Après Fantin-Latour", qui présente des œuvres d'art, des pièces d'artisans-créateurs et de petites entreprises inspirés par l'univers du peintre.

lundi 26 septembre 2016

Henri Fantin-Latour et le japonisme, Carolina León Firrell et Nini Peony

En cette deuxième moitié du 19e siècle, l’Europe du voit déferler une mode venue de l’Extrême-Orient : le japonisme. En effet, fermé au monde occidental depuis 1641, le Japon est contraint d'ouvrir progressivement ses portes en 1853, à la suite d’une expédition militaire américaine. Cette ouverture au commerce international entraîne l’afflux en Europe de nombreux objets : paravents, éventails, laques, porcelaines, estampes… qui fascinent les artistes et amateurs d’art. 
Des boutiques de curiosités japonaises ouvrent leurs portes, à Londres, à Paris ; l'Hôtel Drouot organise des ventes d'objets d'art japonais… Tous les artistes sont alors influencés car confrontés à ces nouveaux motifs et objets qui arrivent de l’autre bout du monde. 
En 1867, l’exposition universelle se tient à Paris, et le Japon y présente un pavillon national, une ferme artisanale, ainsi qu'une maison bourgeoise construite par des artisans japonais. Le Japon expose plusieurs milliers d'objet de ses différentes productions artistiques, artisanales et industrielles, outre les estampes, véritable révélation pour les artistes.

«Le japonisme est en train de révolutionner l'optique des peuples occidentaux.»
(Edmond de Goncourt, avril 1884)

Fantin-Latour, quand à lui, fait partie des 9 membres de la « Société japonaise du Jinglar », qui se réunissaient pour dîner « à la japonaise ». Ce cercle d’artistes et critiques amateurs de japonisme, « fut créé à l'issue de l'exposition universelle de 1867, afin d'assurer la promotion dans les milieux artistiques, du renouvellement esthétique que ce mouvement provoqua en France et en Europe. 
Sans pour autant être aussi influencé que Van Gogh, (Amandier en fleurs), Claude Monet (La Japonaise) ou encore Toulouse Lautrec (affiche pour le Divan Japonais), on retrouve chez Fantin-Latour un certain nombre d’objets japonais (porcelaines, sébile, livres, pinceaux..) sans doute sortis de sa collection personnelle.

Henri Fantin-Latour : Bouquet de pivoines, Sébile Japonaise posée sur un livre japonais, Nature morte au coupe-papier
Henri Fantin-Latour : Bouquet de pivoines, Nature morte au coupe-papier, Sébile Japonaise posée sur un livre japonais


Pour cette exposition « Après Fantin-Latour », Carolina León Firrell s’est inspirée de ses porcelaines et des motifs fleuris pour créer une série de vases et coupes -…), traçant à la plume un graphisme délicat sur la porcelaine blanche. Le dessin floral lui-même est un clin d’œil à l’univers de Fantin-Latour.

Henri Fantin-Latour : Chysanthèmes - Carolina León Firrell : Paire de vases Garden
Henri Fantin-Latour : Chysanthèmes - Carolina León Firrell : Paire de vases Garden


Inès Carratié, la créatrice de Nini Peony, quant à elle, a joué avec le thème de la rose, fleur chère au peintre entre toutes, qu’elle a brodée sur un dessin aux accents extrême-orientaux, en créant une série de bijoux à fleur de peau.

Henri Fantin-Latour : Roses - Nini Peony : bijoux brodés "Red"
Henri Fantin-Latour : Roses - Nini Peony : bijoux brodés "Red"





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Vous pouvez bien sûr retrouver ces pièces dans l’exposition en ligne "Après Fantin-Latour", qui présente des œuvres d'art, des pièces d'artisans-créateurs et de petites entreprises inspirés par l'univers du peintre.

mardi 15 mars 2016

Du déjeuner : Les porcelaines de Rouge Maison s’inspirent d’Hubert Robert

Parmi les nombreux projets auxquels travailla Hubert Robert, la vaisselle eu sa place autant royale que presque misérable. (voir l’article précédent sur ce sujet)
Il eut en effet à diriger le projet de la laiterie de la Reine à Rambouillet dans tout son ensemble, tant au niveau des jardins qu’il dessina, que de l’architecture, du mobilier et de la vaisselle qu’il supervisa.

Jean-Jacques Lagrenée : Profil des pièces du service pour la Laiterie de Rambouillet - Photo (C)RMN-Grand Palais (Sèvres, Cité de la céramique) / Martine Beck-Coppola
Pot à lait en porcelaine dure d'après les dessins de Jean-Jacques Lagrenée pour le service de la laiterie de Rambouillet (source : Drouot)


Il fut très probablement à l’origine des modèles de porcelaine de Sèvres décorés par Jean-Jacques Lagrenée, tout comme il conçu les sièges d’inspiration étrusques réalisés par Georges Jacob pour Marie-Antoinette.
En prison, il continua de peindre, n’ayant de cesse de manier le pinceau, il décora des assiettes de terre cuite, dont il reste quelques exemplaires, notamment au musée des Beaux-Arts de Valence.


Hubert Robert : Assiette peinte en prison "Geolier inscrivant le nom des prisonniers entrant à la prison de Saint-Lazare" -  Musée Lambinet, Versailles, via
Hubert Robert : Assiette peinte en prison, "Couloir de la prison de Saint-Lazare", National Museum of Western Art, Tokyo, via Rodama1789


Hubert Robert : détail de "Une partie de pêche" via
Hubert Robert : détail de "Vue du parc de Mereville" via
Hubert Robert : détail de "Paysage près de Paris" via


Anne-Claire de Rouvre, la fondatrice de l’atelier Les Porcelaines de Rouge Maison, s’est inspirée du peintre, de ses paysages et de ses dessins comme autant de grisailles pour orner tasses et assiettes dans cet esprit paysagiste à la mode fin 18e - début 19e siècle, mode dont les peintures d’Hubert Robert furent en grande partie à l’origine.

Les porcelaines de Rouge Maison : Tasse à café
Les porcelaines de Rouge Maison : Bougie parfumée


Hubert Robert représenta peu de scènes d’intérieur, mais celles qu’il fixa sur toile ou papier mirent en scène pour la plupart Madame Geoffrin, sa protectrice.

En transposant les paysages du maître sur ses porcelaines, Anne-Claire de Rouvre ouvre les intérieurs fermés, les jolis salons et les élégantes salles à manger sur des paysages rêvés, de grands parcs et des jardins.

Les Porcelaines de Rouge Maison - Plusieurs pièces de porcelaine peintes
Hubert Robert : détail du "Déjeuner de Madame Geoffrin" via


Retrouvez toutes les pièces présentées dans l’exposition en ligne "Sur les traces d’Hubert Robert", qui présente des œuvres d'art, pièces d'artisans-créateurs et de petites entreprises inspirés par l'univers du peintre-paysagiste. 
L'exposition en ligne durera jusqu'au 3 octobre 2016, en parallèle avec celle du Louvre exposant les peintures et dessins de l'artiste (et qui rejoindra la National Gallery of Art de Washington au mois de juin.)